C'est dans un contexte de lutte contre l'extension du camp militaire qu'ont été créés les GFA(1) Larzac, au nombre de quatre à ce jour.
En octobre 1971, Michel Debré annonçait l'extension du camp militaire du Larzac qui devait passer de 3 000 à 17 000 hectares. La déclaration d'utilité publique était prise en décembre 1972, tandis qu'une antenne "génie domaine" était créée sur place. Son but : contacter chaque propriétaire et acheter un maximum de terres à l'amiable, avant d'entamer la procédure d'expropriation, toujours impopulaire.
En 1971, seulement 3 500 hectares parmi les 14 000 hectares de la zone d'extension appartiennent aux paysans, les terrains communaux couvrent 2 500 hectares, la SAFER(2) en possède 800 qu'elle loue à l'année et 7 000 hectares appartiennent à des propriétaires non exploitants, parfois extérieurs à la région, dont certains de fraîche date.(3)
Ces 7 000 hectares étaient pour les deux tiers loués à des paysans, le reste étant quasiment à l'abandon. Au total, 460 propriétaires dont 400 non exploitants étaient touchés par le projet d'extension. D'origines très diverses, ils possédaient de quelques ares à un millier d'hectares (l'hectare valant en moyenne 762, 25 € ).
Stratégie des GFA
Une carte synthétisant cet énorme travail a ensuite permis de localiser les zones stratégiques et les zones "à risques", et de déterminer des priorités d'achat. Il s'agissait d'acquérir les terres indispensables à l'armée :
d'abord des parcelles isolées, et quelle que soit leur valeur agricole, afin que les 5 300 ha achetés par l'armée ne constituent pas un ensemble d'un seul tenant, facilement utilisable ;
puis des exploitations agricoles entières (sept), afin que leurs activités y soient maintenues
Les GFA se sont avérés être d'excellents instruments de lutte, "démembrant" les terres acquises par l'Etat, limitant les ventes amiables préalables à l'expropriation, investissant sur ce territoire des "capitaux" venus de la France entière.
En 1981, la lutte des paysans du Larzac pour sauver leurs terres est victorieuse : les GFA ont aidé à gagner le pari de cette maîtrise foncière très particulière. Depuis cette date c'est un tout autre type de "maîtrise foncière" qui occupe les GFA.
Des parts GFA non rémunérées
Au total, les trois premiers GFA ont acquis plus de 1 200 ha ; le GFA 4 a été créé pour financer l'achat d'une ferme de 114 ha, dans l'élan des trois premiers. Les circonstances impliquaient une règle du jeu : la non rémunération des parts mais aussi l'engagement de leur remboursement à leur valeur d'émission.
Aujourd'hui
Les GFA Larzac sont toujours actifs. En 1994, ils achètent 58 ha de Landes et bois à la Clapade (commune de Millau). En 1997, 33 ha de landes à l'Aubiguier (commune de Nant). En 2004 40 ha de terres, landes et bois sur la commune de Nant. Ces achats permettent soit d'installer un paysan, soit de maintenir l'activité d'une exploitation agricole.
Pour 2005, un projet est en cours : racheter 80 hectares de terres sur la commune de La Cavalerie afin d'éviter la disparition d'une exploitation.
Le GFA mutuel reste l'outil de gestion collective du foncier :
Pour que la terre ne soit plus un bien de spéculation.
Pour installer des paysans plutôt qu'agrandir des exploitations.
Pour permettre une gestion cohérente et durable du foncier tant au niveau environnemental qu'au niveau humain.
pour discuter, concilier et partager les différents usages de la terre.
Les GFA Larzac, sont propriétaires de 1 200 hectares mis à disposition auprès d'agriculteurs sous forme de bail rural à long terme ( au delà de 18 ans ).
Les GFA ont contractualisé avec 22 fermiers sur le plateau du Larzac. Chacun de ces fermiers paie un fermage. Le montant du fermage est fixé par le barème préfectoral. En contrepartie il doit veiller à "entretenir en bon père de famille" le bien loué. Lorsque le bail prend fin, le fermier "rend" les terres et/ou les bâtiments d'exploitation et la maison d'habitation aux GFA.
Des statuts
Les statuts d'origine ont été réactualisés afin d'être en adéquation avec sa fonction première d'acquisition et de gestion de patrimoine agricole. Les gérants ont réalisé que les textes codifiant les GFA mutuels, demandaient à être amendés afin de répondre au fonctionnement d'un outil collectif d'acquisition et gestion de terres agricoles .
Une gérance commune
Les gérants des 4 GFA travaillent ensemble. Ce sont 8 gérants qui se réunissent chaque trimestre sur le Larzac, pour assurer la gestion et prendre les décisions. Sur ces 8 gérants, 3 sont paysans sur le Larzac (dont un fermier du GFA), 2 vivent à Millau, 1 dans les Bouches du Rhône, 1 dans le Loiret, 1 dans l'Hérault. C'est une fonction qui n'est pas rémunérée.
Le travail administratif et le suivi des dossiers sont confiés à deux salariées. En effet, les deux structures foncières du Larzac (SCTL et GFA Larzac) embauchent les mêmes personnes, une salariée mise à disposition par le groupement d'employeurs existant sur le Larzac et une 2 ème mise à disposition par la SCTL. Ce qui permet une cohésion, les deux structures gèrent ensemble certains dossiers comme la chasse, les attributions de terre, le choix de nouveaux fermiers, l'examen de projet de développement durable.
Des apporteurs de parts, un capital social
2 756 personnes représentent, à ce jour, 4 994 parts. La valeur de la part depuis le 1er GFA créé en 1973 est restée à 1 000 F ou 152 € 45. La part GFA n'est pas un placement financier ! mais un acte "militant".
Deux grandes périodes marquent l'histoire des GFA :
1973 à 1981 ce sont plus de 3 500 personnes qui apportent un soutien financier à des paysans refusant de céder leurs terres à l'armée en prenant 6 180 parts,
1982 à 2002 c'est une période où prédomine les retraits, les militants pour des raisons diverses (participation à d'autres soutiens, chômage, .) souhaitent être remboursés de leurs apports, cela représentera 650 personnes pour 2 444 parts. Malgré ces retraits, les GFA poursuivrent leur politique d'achat de terre pour favoriser des installations agricoles. Ceci est rendu possible grâce aux nouvelles parts qui sont prises chaque année.
L'assemblée des associés
Tous les ans, les apporteurs de parts sont invités sur le Larzac pour l'assemblée générale (seulement les apporteurs dont nous connaissons l'adresse - Si vous êtes apporteur et que vous ne recevez aucun courrier, faites-vous connaître). Un compte rendu de l'activité et un bilan financier leur sont adressés. Ces rencontres restent des moments privilégiés, habitants et paysans du plateau rencontrent ruraux et citadins d'autres régions, moments de confrontation d'expériences, de propositions, d'orientations possibles, d'incitations à élargir son domaine d'intervention. Même si le nombre de participants ne représente qu'une infime partie des apporteurs, chaque année le plaisir de se retrouver reste intact.
Pour toute demande de renseignement, contactez : GFA LARZAC Montredon - 12100 La Roque Ste Marguerite
Tél. : 05 65 62 13 39
Notes : 1) Un Groupement Foncier Agricole (G.F.A.) est une société civile immobilière qui administre exclusivement un patrimoine à destination agricole. 2) SAFER : Société d'Aménagement Foncier et d'Exploitation Rurale 3) Cas du député de Paris de La Malène, qui s'était rendu acquéreur de 450 hectares, en 1966, en prévision du projet d'extension.