Léon Maillé : “Tous au Larzac”, sur un air de révolte et de liberté
Ancien berger, Léon, alias Léontou, a été un pilier de la lutte du Larzac. Infatigable, il a repris son bâton de pèlerin pour animer, avec d’autres « anciens », les débats qui se succèdent à un rythme effréné, dans toute la France, lors de la projection du film de Christian Rouaud, “ Tous au Larzac ”. Il raconte l’émotion incroyable que le film et ces débats dégagent.
Qui aurait pu il y a un an nous persuader, nous, habitants du Larzac, qu’il nous faudrait cet hiver quitter champs et bergerie pour débattre devant des écrans de cinéma ? « Tous au Larzac » s’est transformé en « Tous au cinéma » : déjà plus de 150.000 entrées en France en dix semaines, et près d’une centaine de débats après projection pour nous les larzaciens, et encore plus pour le réalisateur, Christian Rouaud !
Que de rencontres ! On a parfois un peu oublié les visages des anciens militants, mais ils sont là… On rencontre même d’anciens militaires, gardiens d’un fortin ou simples troufions du camp du Larzac. Un gendarme retraité nous raconte comment il a été envoyé en renfort avec ses collègues militaires « quand ça chauffait trop » sur le causse…
Mais le plus étonnant pour nous larzaciens, c’est d’apparaître aux yeux des spectateurs (souvent humides au moment du générique !) comme les héros d’un combat mythique. « Vous auriez été à notre place, vous auriez sans doute vous aussi essayé de vous défendre », ose-t-on leur dire : mais rien n’y fait, nous sommes des « héros » ! « Pour une fois je sors d’une salle de cinéma avec du baume au cœur », nous dit un spectateur : c’est cette émotion-là qui remplit les cœurs et les têtes.
Ce film fait du bien, il donne de l’espoir, il démontre que les seuls combats perdus sont ceux qu’on n’a pas commencé, et que ceux commencés se finissent bien. Le mot « indigné » est prononcé pratiquement à chaque débat, et le mot « merci » nous est souvent adressé. Mais on précise que ce mot est adressé à tous, paysans et aussi et surtout militants de partout, anonymes comme plus célèbres. Le Larzac, c’est une épopée collective, que les années avaient relégué dans les souvenirs de têtes grisonnantes, et que les plus jeunes découvrent. « Je regrette de n’avoir pas été de ce combat », nous dit un jeune. « Mais il y en a tant à mener encore ! », lui fait-on remarquer. « Tous au Larzac » a réouvert pour les anciens un magnifique album, qui peut devenir un magasin à idées pour les générations futures.
Cet été, nous allons revoir quantité d’amis en visite sur le causse. Ils viendront ou reviendront admirer les images fixées par la caméra, et y humer un peu de cet air de révolte et de liberté qui y circule.
Léon Maillé
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