Pour un été 2012 sans OGM
L'actualité juridique et politique des OGM en France est un feuilleton à épisodes : l'Etat louvoie, l'Union européenne impose ses oukases pro-OGM, les plantations continuent en sous-main... Les fauchages par les Faucheurs volontaires, eux, continuent : déterminés, ceux-ci restent plus que jamais vigilants. Et il y a de quoi.
Eté 2006 : la culture d'OGM est autorisée en France et le MON 810, maïs de la firme Monsanto résistant à la pyrale et à la sésamie, prend ses quartiers dans les champs. La directive 2001-18 organisant la coexistence entre cultures OGM et non-OGM n'est toujours pas transcrite en droit français, et la culture d'OGM n'est absolument pas encadrée, au mépris total des autres modes de production. Les Faucheurs volontaires multiplient les actions (Saint-Hilaire, Miradoux, Grézet-Cavagnan, etc.) pour alerter la population et exiger un moratoire.
En 2007, même combat, et le gouvernement n'a toujours pas saisi l'urgence. Ainsi passe une nouvelle saison de culture d'OGM et d'actions des anti-OGM. La tension monte et les rapports se crispent dans le monde rural : les gardes mobiles devront par exemple bloquer les militants pro-OGM venus agresser les Faucheurs volontaires en marge de rencontres du mouvement dans le Tarn-et-Garonne.
Enfin, à l'automne 2007, lors du Grenelle de l'environnement, le gouvernement se voit contraint de donner un sens à sa grande messe de l'environnement et de prendre une mesure concrète. Il annonce donc l'activation de la clause de sauvegarde auprès de l'Union européenne, contre le maïs MON810, afin d'interdire sa culture sur le territoire français. Mais la bataille n'est pourtant pas finie, l'hiver avance, la période de l'ensachage des semences va commencer et les décrets officiels ne sont pas encore publiés. Dix Faucheurs volontaires décident donc de s'engager dans une grève de la faim à durée indéterminée pour demander le moratoire. En une semaine, le gouvernement cèdera et le MON810 disparaîtra enfin des champs.
Bref sursis puisque le Conseil d'Etat, suivant l'avis de la Cour européenne de justice, a invalidé à la fin de l'année 2011 les arrêtés d'interdiction de mise en culture du MON810 pour un vice de forme.
Le miel contaminé
La récente affaire du miel contaminé en Europe, rendu impropre à la consommation par la présence de MON 810 et contraint à la destruction, montre, s'il faut encore un exemple, que la coexistence entre des cultures OGM et conventionnelles, sans même parler d'agriculture biologique, est impossible.
Les mouvements anti-OGM comme les productivistes qui y sont favorables ont été reçus par les ministres. NKM – Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Ecologie, du développement durable, des transports et du logement – aurait passé la consigne de ne pas acheter de semences, car une mesure pour interdire la culture de cette variété serait reprise avant l'été.
Mais le temps qui passe joue encore contre les anti-OGM. Alors que vient de se dérouler à Poitiers le dernier des procès contre les Faucheurs volontaires suite aux actions de fauchage de MON810 (Cour d'appel de Poitiers : les 8 militants ont été relaxés en première instance ; le délibéré sera rendu le 16 février prochain), le mouvement anti-OGM se prépare. Les apiculteurs devront-ils encore occuper des sites de Monsanto, comme dernièrement en Tarn-et-Garonne, pour protéger leur activité ? Les Faucheurs devront-ils reprendre la route des champs de maïs ? Nous restons vigilants et mobilisés pour que les OGM ne se réinstallent pas dans nos champs.
A.L.


