La lutte du Larzac sur grand écran
Christiane Burguière, paysanne du Larzac et auteure d’un livre récent sur la lutte (*) était aux avant-postes de la résistance à l’extension du camp militaire, il y a quarante ans. On la voit, avec bien d’autres, dans le magnifique film de Christian Rouaud, Tous au Larzac. Elle raconte les avant-premières, les rencontres avec le public, l’émotion… Tous au Larzac ? Tous au cinéma !
Le réalisateur de Tous au Larzac, Christian Rouaud, a chaussé ses sandales de pèlerin au cours de l’été 2011 pour présenter son film aux avant-premières, puis, à partir du 23 novembre, après la sortie du film en salles. Nous-mêmes, protagonistes du film (Pierre Bonnefous, José Bové, Christiane et Pierre Burguière, Michel Courtin, Léon Maillé, Christian Roqueirol, Marizette Tarlier et Michèle Vincent), l’avons souvent accompagné pour les projections suivies de débats.
Nous avons parcouru le pays du nord au sud et d’est en ouest et, malgré la fatigue que ces tournées procurent, nous avons été surpris et heureux de l’accueil qui nous était réservé, autant par les exploitants de salles que par les membres d’associations ou les organisateurs de festivals, et surtout, bien sûr, par le public ! Que d’émotions, que de chaleur ! A chaque occasion, nous mesurons la dimension de notre lutte, dont le film offre une belle reconnaissance, non seulement pour ceux qui la racontent, mais aussi pour tous ceux et celles qui l’ont vécue.
De l’ancien militant en quête de souvenirs à l’enfant de l’époque devenu père ou mère de famille, des têtes blanchies par les années, mais aussi des jeunes trentenaires, c’est tout un mélange de générations qui se côtoient pour découvrir et comprendre l’histoire ou pour mieux retrouver une part de leur histoire…
« Comment avez-vous fait ? »
En général, les applaudissements sont rares dans les salles de cinéma, n’est-ce pas ? Là, avec Tous au Larzac, les spectateurs, parfois debout, continuent d’applaudir au-delà du générique de fin, jusqu’à ce que Christian Rouaud ou l’un des protagonistes prenne la parole. Les yeux brillants, les spectateurs retiennent leur souffle, comme pour mieux assimiler tout ce vécu. Peu à peu, des mains se lèvent, des questions fusent : « Comment avez-vous trouvé l’argent pour faire tout ça ? » « Comment avez-vous fait pour tenir si longtemps ?… »
Certains évoquent leurs souvenirs : ainsi par exemple, à Gindoux, dans le Lot, un ancien militaire se souvenait de son service effectué au Larzac, dans un fortin où ses supérieurs lui donnaient des raisons d’avoir peur des paysans ; à Rieupeyroux, en Aveyron, un militant et ami du Larzac racontait avec beaucoup d’émotion le moment où il transportait François Mitterrand dans sa voiture, lors du rassemblement de 1974… Certains jeunes, croyant possible l’autogestion, sont par contre déçus d’entendre ce que Pierre Bonnefous exprime à propos de la belle pagaille qu’était justement l’autogestion pendant la lutte…
A la fin de chaque débats, la discussion se poursuit, et certains trouvent du plaisir à parler patois avec les Aveyronnais, étant eux-mêmes Aveyronnais de souche. Nous profitons de ces soirées pour proposer notre documentation sur la lutte : livres, brochures, cartes postales, autocollants, et même des abonnements au journal Gardarem lo Larzac !
Comme dans beaucoup de villes actuellement, Millau a présenté le film pendant plusieurs semaines. Un soir, Léon Maillé, seul protagoniste présent, s’est trouvé devoir serrer des dizaines de mains, les millavois passant devant lui en file indienne pour le remercier ! Un geste certes sympathique mais qui lui a fait penser, l’humour aidant, à la circonstance plus douloureuse des condoléances…
Tous au Larzac apporte le témoignage d’une lutte qui semblait perdue d’avance. Il tombe à point nommé dans une période où la France vit dans la morosité et la peur du lendemain. Personne ne s’attendait à un film d’une telle force, et qui donne de l’espoir. Nous-mêmes, les protagonistes de la lutte, n’aurions pu imaginer cela ! La lutte a changé notre vie, le film donne l’occasion de renouer nos liens tissés avec d’anciens militants et permet de nouvelles rencontres riches de solidarité.
"Je tenais à vous remercier"
Les spectateurs n’ont pas manqué d’exprimer sur le site Larzac.org leurs pensées et leurs sentiments à propos du film. En voici quelques extraits :
François : « Quelle force, quelle humanité et quel espoir dans ce récit ! Je ressors de ce film très ému… »
Nadine : « Je viens de découvrir le documentaire Tous au Larzac, j’ai beaucoup aimé l’authenticité et la force des témoignages. Bravo pour l’énergie des militants…dans la durée ! »
Michel : « En Touraine, la salle a applaudi à la fin et tout le public est resté dans la salle ; je tenais à vous remercier pour ce témoignage qui devrait être montré à tous nos jeunes indignés ; je pense que l’éveil à la conscience politique passe par de tels bons supports ; votre beauté intérieure est à l’égal des paysages qui vous entourent. Bien admirativement, Michel. »
Anne-Marie : « Le film est édifiant et beau ! J’ai été une lectrice assidue de vote journal pendant des années et pourtant ma prise de conscience est tout autre après avoir vu ce film. Je suis émue et bouleversée, ce qui me procure beaucoup d’énergie. Que puis-je en faire ? J’ai pensé vous proposer en échange et en remerciement de votre engagement depuis tout ce temps, en tant qu’artisane du spectacle vivant, mon spectacle Aufildel’eau. »
Micaëlla : « C’est à Christian Rouaud que je dois d’abord dire merci, puisque, grâce à lui, on a mieux découvert tout ce que vous avez fait au cours de ces dix ans de luttes. Comme pour le film Lip, l’imagination au pouvoir, il sait faire parler les témoins, raconter, nous faire rire et sourire, mais aussi réfléchir. Comme tous ceux de Lip quand on vous voit on a un peu envie d’être de votre famille… Vous nous tenez chaud au cœur. On est ressorti requinqué du ciné, grâce à vous tous. Merci, continuez à vous battre et à savourer la vie ! »
Françoise : « Vous nous avez tiré les larmes à la fois par ce que vous avez vécu et ce que vous en avez dit, et, surtout, la manière tellement dépouillée mais chargée de sens dont vous en avez parlé. Ces dix années de combat, nous les avons suivies depuis le continent africain où nous étions en coopération. Notre jeunesse, la vôtre, nos petites actions au nom de la France ! Vos luttes, toute une époque de refus, déjà, de la misère dans les pays en développement comme ici, en France. Merci pour cette vivante leçon d’histoire ! »
Christiane Burguière
(*) Gardarem ! Chronique du Larzac en lutte, Christiane Burguière, Privat éditions, 400 pages, 24 €.


