Macki Wéa : "Ce film est une libération"
Macki Wéa incarne dans le film « L’Ordre et la Morale » le rôle de son frère, Djubelly Wéa. Un rôle très difficile à porter : c’est celui-ci qui a abattu Jean-Marie Tjibaou et Yeweiné Yeweiné… Mais Macki Wéa, comme tant de Kanaks et d’Européens, a fait un profond travail de compréhension et de réconciliation : pour lui, « ce film ne rouvre pas les plaies, il crève au contraire un vieil abcès ».
Comment avez-vous vécu la tournée de promotion du film, que vous venez de terminer ?
C’était inimaginable, très intense et très fort en émotion. Nous avons fait des plateaux télés, des émissions radio, des interviews à la presse écrite. La projection en avant-première sur les Champs-Elysées était un moment très fort. Il y avait beaucoup de personnalités politiques, il y avait Marie-Claude Tjibaou que je remercie tout spécialement d’être venue. Elle est marraine du film et Michel Rocard en est le parrain. François Hollande était là aussi. Tous ces gens-là ont parlé de notre pays.
J’ai réalisé qu’il avait fallu ce film pour que l’ensemble de la France s’intéresse au peuple kanak, et au-delà, à la Calédonie. Pendant cette semaine, nous n’avons pas arrêté. Mais le moment le plus fort a été la rencontre que nous avons eue, nous les fils ou les frères de preneurs d’otages et de ceux qui ont été abattus, avec les familles des gendarmes tués ou capturés. Il y avait des victimes et des orphelins de part et d’autre. Je peux vous dire que beaucoup de gens ont pleuré.
Avant cela, il y avait eu les avant-premières à Gossanah…
C’était très important de montrer le film d’abord aux habitants d’Ouvéa. Les gens arrivaient souvent en pleurant, et repartaient aussi en pleurant. Il y avait des torrents d’émotion, parfois des moments de colère. Mais en sortant, les gens étaient libérés, apaisés. On a censuré ce film en disant qu’il allait rouvrir les vieilles plaies. C’est faux, il fait mal parfois, et à tout le monde, mais il crève l’abcès. Les gens les plus concernés, comme ceux d’Ouvéa, en sortent en se sentant libérés d’un poids qui pèse sur leurs épaules depuis vingt-trois ans.
Vous incarnez le rôle de votre frère Djubelly, qui a assassiné Jean-Marie-Tjibaou après avoir participé aux événements d’Ouvéa. Ça n’est pas un peu lourd à porter ?
C’est très lourd. Mon frère était un guerrier, l’homme des solutions extrêmes. On ne peut pas dire qu’il laissera une trace positive dans l’histoire de la Calédonie. Dans ce film, tout le monde en prend pour son grade, c’est pour ça qu’à mes yeux, c’est un film qui aide à la réconciliation.
Roch Wamytan (membre du FNLKS) porte un regard critique sur ce film...
Il dit que c’est un film de Blanc. Peut-être. Moi, je retiens qu’il y a quarante-cinq minutes dédiées aux Kanak, et l’on y trouve aussi notre vision. Peut-être qu’un jour un cinéaste mélanésien aura la notoriété et les moyens de refaire un film sur le sujet. En attendant, celui-là a le mérite d’exister. Il porte un regard sur tous les protagonistes. Ce n’est pas que l’histoire d’Ouvéa, ce n’est pas que l’histoire des Kanak, c’est aussi celle de tous les Calédoniens et même de l’Etat français. Donc, c’est notre histoire commune. Un élément du destin commun.
| < Précédent | Suivant > |
|---|


